Libé: L’espéranto, l’autre langue de l’Europe

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L'espéranto, l'autre langue de l'Europe
Libération, jeudi 20 novembre 2003


Cela fait toujours plaisir de lire une telle «découverte» : ainsi l'Europe se construirait avec des citoyens égaux, mais ceux qui parlent anglais de naissance seraient «plus égaux que d'autres». Bien entendu, tout le monde se targue de plus ou moins se débrouiller dans cette langue hégémonique actuelle. Des élèves sont mêmes capables de dire : «Tu me phone ou je te call ?» Cette langue est déjà présente, en France, sur les chaînes de service public, dans près d'un message publicitaire sur deux, et elle est utilisée dans la presque totalité des chansons non françaises que l'on entend sur nos ondes, comme si nos voisins européens ne chantaient plus…

Toutes nos langues, magnifiques et respectables, imposent des immenses difficultés d'apprentissage puisqu'elles se sont construites par ajouts successifs et emprunts divers souvent sans beaucoup de logique tout en multipliant les irrégularités. La langue la plus «chère» de chacun d'entre nous est sa langue maternelle : celle avec laquelle nous avons découvert le monde, avec laquelle nous nous sommes construits. Dès que je sors de chez moi, je deviens presque sourd et muet. Tamen la solvo ekzistas : pourtant la solution existe !

Il y a une langue neutre, beaucoup plus facile à apprendre que les autres puisque les règles de grammaire n'ont pas d'exceptions, l'analyse grammaticale est lumineuse, les fautes d'orthographe sont rarissimes, la conjugaison est régulière et le vocabulaire se mémorise très vite puisque l'on décline tous les mots de la même famille avec un système très astucieux de préfixes et de suffixes. La logique remplace la mémoire : pas étonnant que Descartes en avait eu l'idée. Mais c'est Zamenhof qui l'a réalisée en offrant l'espéranto à ses locuteurs.

Lorsque des pays européens ont choisi l'euro comme monnaie, ils ont évité toute référence à une quelconque monnaie nationale. Si nous prenons autant de précautions pour une référence juste financière et matérielle, pourquoi le choix d'une langue, qui nous engage beaucoup plus profondément, est-il finalement imposé, en l'absence de tout débat ? Bien entendu, l'espéranto ne remplacerait pas la langue nationale de chacun. Mais il serait la langue commune, celle que j'utilise avec celui qui ne parle pas ma langue, à qui je n'imposerais pas le long apprentissage qui a été nécessaire pour avoir cette maîtrise de citoyen adulte, digne et responsable, capable de débattre et d'argumenter pour préparer un avenir meilleur.

Michel Dechy, professeur de mathématiques au collège Molière de Villeneuve-d'Ascq
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