I francesi cantano ormai in inglese

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Ormai l’inglese sta penetrando e distruggendo il cuore stesso della lingua e della cultura francese: la musica. Diversi cantanti, infatti, preferiscono l’inglese al francese come lingua per la musica, per due ragioni: commerciali o perché fin da piccoli hanno sentito solo musica anglosassone e quindi “sentono” in inglese.

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La chanson française in english

LE MONDE | 02.09.08 | 16h04 • Mis à jour le 02.09.08 | 16h04

uillet, festival des Francofolies de La Rochelle, bastion de la chanson francophone depuis plus de vingt ans. Les jeunes artistes encore peu connus donnent des concerts gratuits près du vieux port, sur une scène sponsorisée par MySpace, le grand site Internet musical californien. Au programme, uniquement des groupes français, mais on pourrait se méprendre : il y a les Toulousains The Dodoz, les Bordelais Shaolin Temple Defender, les Tourangeaux The Sugar Plum Fairy Pr, le Guadeloupéen Tom Frager qui chante en anglais avec l’accent créole, et aussi Uncle Ben, Uncle Slam, Little, Pony Pony Run Run…

Les vedettes confirmées passent sur la grande scène, de l’autre côté de la vieille ville. Ce soir, Camille, superstar sauvage et sensuelle, chante tour à tour en français, en anglais, en vocalises, en onomatopées, en hurlements mélodiques, en cris d’animaux. Au pied de la scène, une bande de copines venues des Yvelines chantent avec elle. Elles connaissent par coeur les paroles de Music Hole (Virgin-EMI Music), le dernier album de Camille, entièrement en anglais, qui s’est déjà vendu à 130 000 exemplaires en cinq mois.

Au total, sur les 130 artistes du programme officiel des Francofolies 2008, dix-sept auront chanté en anglais, sans compter ceux qui mélangent les deux langues.

Gérard Pont, patron des Francofolies depuis quatre ans et défenseur militant de la langue française, ne s’alarme pas de cette évolution. “Jusqu’à une date récente, le problème ne se posait pas, les Français qui chantaient en anglais étaient marginaux. Mais les choses changent, dit-il. C’est dommage pour la chanson francophone, mais des tas de jeunes groupes français qui choisissent l’anglais ont du talent, et ils ont un public. Ce festival doit être le reflet de ce qui se passe en France, et rester ouvert aux nouvelles tendances, sans oeillères. Je suis sûr que la chanson d’expression française a un bel avenir, mais si on décidait de bannir l’anglais des Francofolies, ce serait un suicide. Aujourd’hui, je défends “la chanson d’ici” : un artiste qui est né et a grandi à Bordeaux a toute sa place aux “Francos”, même s’il chante en anglais.”

Les Francofolies ont aussi accueilli Sébastien Tellier, qui, en mai, fut choisi par France Télévisions pour représenter la France à l’Eurovision avec une chanson en anglais intitulée Divine (prononcer “devaïne”).

Quelques semaines avant l’événement, le député UMP Michel Gonnot, outré par ce geste antipatriotique, avait envoyé une lettre de protestation au ministère de la culture : “Nous vous prions de bien vouloir intervenir auprès de M. Patrick de Carolis (PDG de France Télévisions), pour lui demander instamment d’obliger Sébastien Tellier à traduire sa chanson en français pour qu’il la chante en français le jour venu à l’Eurovision, ou, au cas où il ne s’exécuterait pas, pour lui demander de sélectionner un autre chanteur pour nous représenter.”

L’initiative du député n’eut pas de suite. A noter que sur les vingt-cinq participants à l’Eurovision, treize ont chanté en anglais et deux ont mélangé l’anglais et leur langue maternelle : la France se range donc dans le camp majoritaire. Le concours fut remporté par le Russe Dima Bilan et sa chanson en anglais Believe. Dès l’annonce de la victoire de la Russie, le président Dmitri Medvedev et le premier ministre Vladimir Poutine envoyèrent au chanteur leurs félicitations.

Sébastien Tellier, 33 ans, un costaud barbu plein de fantaisie, reçoit ses visiteurs entre deux concerts, dans une loge négligée et très enfumée – comme au bon vieux temps du rock’n’roll. La polémique franco-française sur l’Eurovision ne l’a pas vraiment affecté : ” Divine a toujours été en anglais, je ne l’ai pas créée pour l’Eurovision. J’avais enregistré mon album dans mon coin, et ensuite ils sont venus me chercher pour que je chante précisément cette chanson-là.”

Sébastien reconnaît sans détour que son anglais laisse à désirer. Pendant ses concerts, entre deux chansons, pour établir un peu plus d’intimité avec son public, il raconte des histoires drôles en français. Alors pourquoi s’évertuer à écrire des paroles en anglais ? “A chaque chanson, je choisis la langue qui met le mieux en valeur ma musique, or le plus souvent, mes mélodies sont sublimées par l’anglais. J’écris comme ça me vient. En cas de doute, je vérifie dans Google que la tournure de phrase existe, sinon, je trouve des solutions.” Cela dit, Sébastien n’a pas de prétention littéraire : “Quand je suis sur scène, on comprend en général un mot sur trois. Je fais de l’impressionnisme lyrique, je veux que dans le public, chacun s’approprie ma musique et s’invente sa propre histoire.”

Pour être bien certain d’être incompréhensible, Sébastien a une méthode infaillible : “Je fais exprès de bafouiller.” Pour se justifier, il élargit le débat : “Quand on est musicien et français, une grande malchance s’installe aussitôt, dit-il. Un Français qui chante du rock, ça fait nul, et c’est pareil pour le rap, le R’n’B, etc. Parce que dans l’âme, ce sont des trucs américains, c’est une question de culture, c’est profond. Alors dès qu’un Français fait du rock, il a l’air d’un blaireau, et voilà. Ce n’est pas un hasard si beaucoup de groupes français qui chantent en anglais dégradent leur voix avec des synthétiseurs, pour cacher ce son ringard du Français qui voudrait passer pour un Américain.”

Grâce à son anglais inintelligible, Sébastien Tellier s’est construit une carrière internationale. Il parcourt l’Europe, et prépare deux tournées aux Etats-Unis : “J’aimerais aussi travailler là-bas avec leurs ingénieurs du son, ce sont les meilleurs en tout. Le rêve américain s’est peut-être effondré pour des tas de gens en Europe, mais pour les musiciens, il est intact.”

Aujourd’hui, en France, des dizaines de jeunes musiciens professionnels chantent en anglais. Nés dans les années 1970 et 1980, ils baignent depuis la petite enfance dans la musique anglo-saxonne qu’écoutaient leurs parents. Souvent issus des classes moyennes aisées, ils ont toute facilité pour apprendre l’anglais, voyagent souvent, ont des copains à l’étranger. Pour démarrer leur carrière artistique, ces enfants de la mondialisation composent d’abord des musiques d’inspiration anglo-saxonne, avant de franchir spontanément l’étape ultime, l’écriture en anglais.

Dan Levy, 32 ans, et son amie Olivia Merilahti, 26 ans, créateurs du groupe The Do, sont à la fois très parisiens et très cosmopolites – lui de père tunisien et de mère anglaise, elle de père français et de mère finlandaise. Ils composent leur musique ensemble, puis Olivia écrit les paroles en anglais. “J’ai commencé à apprendre l’anglais dès le CP, dit-elle. Et surtout, cette langue fait partie intégrante de ma culture musicale : toute petite déjà, je décortiquais les paroles des chanteurs anglo-saxons. Je ne pourrais jamais écrire une chanson en français, ce n’est pas ma façon de ressentir la musique. J’ai aussi un désir d’universalité, or l’anglais est la langue universelle.”

Pour Olivia, beauté brune à la fois cool et énergique, l’usage de l’anglais est aussi un acte de pudeur : “Quand on écrit dans une langue qui n’est pas sa langue maternelle, on ne se met pas complètement à nu avec les mots. On se sent protégé, caché derrière un voile très léger. Du coup, ça crée un recul poétique, on s’éloigne de la réalité quotidienne. C’est ce qui me plaît.”

Les plus jeunes en arrivent à rejeter complètement la chanson d’expression française. J. B., le chanteur du groupe Nelson, un garçon de 23 ans agité et sûr de lui, se souvient que dans son adolescence ses deux groupes préférés étaient les Anglais de Radiohead et les Français de Noir Désir : “Dans mon esprit, ils faisaient partie du même mouvement, de la même révolte. Mais peu à peu, j’ai commencé à moins aimer Noir Désir, parce que les paroles en français me gênaient. Ils voulaient caser trop de textes sur leur musique, les mots se bousculaient, le rythme devenait heurté. Le débit du français nuisait à la musicalité.” Pour J. B., les rappeurs de banlieue qui chantent en français ne sont pas non plus des modèles à suivre : “Ils ont des trucs à dire, plus que nous, c’est sûr, tant mieux pour eux. Cela dit, ils revendiquent aussi une identité, black ou autre, bien au-delà du cadre français, et surtout, ils imitent les Américains sans aucune distance.”

Pour coller au maximum à leur musique, les membres de Nelson écrivent leurs textes dans un anglais très fluide et assez vague : “C’est de l’écriture automatique, explique J. B., on joue avec deux ou trois mots qui sonnent bien sur notre musique et on mélange avec du “yaourt” – c’est un terme “technique” pour désigner des onomatopées qui sonnent comme de l’anglais, c’est du faux anglais. Peu à peu, quelques expressions surnagent, et à partir de là, on construit des phrases qui se tiennent à peu près.” Nelson ne se considère plus vraiment comme un groupe français, mais plutôt comme un groupe international basé en France : “Sur le marché européen, nous sommes à égalité, à notre niveau, avec les Anglo-Saxons et les Scandinaves.”

Seule ombre au tableau : les quotas de chansons d’expression française, imposés par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) aux stations de radio et aux télévisions musicales, freinent la progression des chanteurs français en anglais sur le marché national : dans les créneaux alloués aux oeuvres étrangères, ils sont en concurrence avec des Anglo-Saxons de renommée mondiale. Murielle Perez, responsable de la programmation au Mouv’, la station FM jeune de Radio France, résume la situation : “Entre un jeune Français inconnu et le nouveau single de Coldplay, le choix est vite fait.”

Le Mouv’fait parfois un peu de favoritisme, en classant comme “nouveauté internationale” un groupe français anglophone, sur un coup de coeur. Mais dans les radios privées, la marge de manoeuvre est nulle. Ou alors, il faut tricher un peu : la chanson Gospel With No Lord, tirée de l’album en anglais de Camille, a été largement diffusée, car elle contient quelques phrases en français, et a pu être étiquetée francophone.

Face à cette complexité croissante, les labels indépendants et les radios tentent de faire pression sur les pouvoirs publics, pour que la loi change : ils souhaitent que les quotas incluent toutes les musiques produites sur le territoire français, indépendamment de la langue. A ce jour, leurs efforts ont été vains. Mais le CSA dit avoir entamé une réflexion, pour prendre en compte l’émergence d’une chanson française d’expression anglaise, mais aussi arabe ou africaine. Une réforme s’impose : la FM est concurrencée par les Internet-radios du monde entier, qui ne sont soumises à aucun quota. Et lorsqu’elles produisent un album en anglais, les maisons de disques n’ont pas accès aux crédits d’impôt spécifiques, réservés aux oeuvres en français.

Ces manques à gagner sont compensés par les gains sur les marchés étrangers, où la chanson française en anglais est en train de faire une réelle percée, grâce notamment à Internet. Les réseaux sociaux comme MySpace et Facebook deviennent à la fois la source principale de la culture musicale des jeunes artistes européens, et le premier vecteur de diffusion de leurs oeuvres. Ceux qui s’expriment en anglais sont écoutés par les internautes du monde entier, et les plus chanceux développent des relations suivies avec des groupes de fans sur tous les continents. Leurs producteurs peuvent alors organiser des tournées internationales et trouver des distributeurs pour leurs albums.

La chanson en anglais est désormais reconnue par la profession comme le produit le mieux adapté à l’exportation : elle bénéficie en priorité de l’aide du Bureau export de la musique française, organisme financé par les maisons de disques, les associations professionnelles, et les ministères de la culture et des affaires étrangères. Au premier semestre, dans la catégorie “pop, rock et chanson”, les Français chantant en anglais ont ainsi reçu plus de 150 000 euros de subventions pour l’organisation de tournées et de campagnes de promotion à l’étranger, contre 23 000 euros pour les chanteurs d’expression française – sans compter l’aide matérielle fournie sur le terrain par les neuf postes étrangers du Bureau, répartis sur trois continents.

Pour Christophe Tastet, le manageur de Nelson, de Control Club et des Hush Puppies – trois groupes chantant en anglais et profitant de l’aide du Bureau Export -, le choix de la langue est d’abord un positionnement stratégique : “Soit on reste cloîtrés entre nous, à ressasser nos textes en français, soit on entre à fond dans le système mondialisé, où tout se fait en anglais, pour aller concurrencer les étrangers chez eux, sur le créneau vital de la musique pour la jeunesse. Grâce à nos répertoires en anglais, notre label est présent dans 43 pays. J’arrive à m’incruster dans des territoires où le français ne pèse rien, la Scandinavie, l’Indonésie, Singapour, la Thaïlande, le Brésil, le Mexique…”

Christophe Tastet est persuadé qu’un artiste français ne perd pas son âme du seul fait qu’il chante en anglais : “Au niveau musical, nous exportons un savoir-faire, la “french touch”, un peu glamour, un peu rebelle, un peu bon vivant. En dans nos clips vidéo, c’est le “french look”, reconnaissable au premier coup d’oeil.” Faut-il alors abandonner tout espoir de faire connaître au monde la chanson d’expression française du nouveau millénaire ? “Au contraire, assure-t-il, si nous réussissons à nous implanter dans un pays étranger grâce à l’anglais, nous serons en meilleure position, dans un second temps, pour vendre des artistes en français. Enfin, c’est le scénario optimiste. J’ai envie d’y croire.”

Yves Eudes et Odile de Plas

Article paru dans l’édition du 03.09.08[addsig]




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